Roland Vartogue est l’auteur d’une trilogie, « La Fortune de l’Orbiviate », publiée chez Mille Saisons. Derrière cet homme mystérieux se cachent deux jeunes auteurs : Romain Aspe et Nicolas Delong, qui ont participé à l’Anthologie « Fragments d’une Fantasy Antique », qui sera publiée chez Mnémos en octobre prochain. Ils ont été récemment les invités d’une table-ronde lors du colloque international « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain : Fantasy, Fantastique et Science-Fiction » (7-9 juin 2012, Rouen-Paris). Voici une version écrite et amplifiée des thèmes abordés lors de cette table-ronde, où étaient aussi présents David Camus, Nathalie Dau, Rachel Tanner, Lionel Davoust et Sylvie Miller.

Quand avez-vous commencé à vous intéresser à l’histoire antique? Est-ce que votre famille ou vos études ont joué un rôle particulier ?

Nicolas : Je me suis intéressé à l’histoire antique vers mes 8 ou 9 ans. À l’époque ma sœur aînée était passionnée de mythologie grecque et possédait plusieurs livres illustrés sur le sujet. C’est aussi le moment où j’ai commencé à lire tout ce qui me tombait sous la main. Je me souviens que c’est en premier lieu la profusion de créatures fantastiques qui m’a attiré : les illustrations des sirènes ailées, du minotaure ou celle de Persée tenant à la main la tête de la gorgone Méduse en en détournant son regard.

Romain : Malgré mon prénom, je ne peux pas dire que l’empire romain constitue l’aspect de l’antiquité qui m’ait le plus passionné enfant. La mythologie grecque s’est imposée à travers ses monstres et ses héros. C’est en réalisant que Midas, Jason, Ulysse, le labyrinthe, Héraclès et Persée appartenaient au même univers que j’ai compris l’importance de la chose dans mon propre imaginaire. Force est de constater que ce fut moins mes lectures que le visionnage de dessins animés tel que Ulysse 31, ou de films tels que Jason et les Argonautes ou Le Choc des titans qui m’ont transmis l’envie de m’intéresser aux mythes grecques. Ayant une grande sœur étudiante en lettres classiques et un grand frère passionné d’univers imaginaires, j’ai eu l’occasion d’en entendre parler régulièrement avant d’être assez grand pour m’y intéresser de moi-même.

Quels sont les aspects de l’Antiquité qui ont servi d’inspiration pour votre narration et le monde fictif de vos œuvres ? Est-ce qu’il y a d’autres époques spécifiques qui vous ont inspirés ?

Roland Vartogue : L’odyssée au sens où l’entendait Homère avec ses groupes de héros valeureux traversant des environnements dangereux se trouve au cœur de la fantasy telle qu’elle s’est imposée au XXème siècle. Nous ne faisons pas exception en cela. Nous suivons la tradition, perpétuée par Tolkien, du grand voyage à travers un monde hostile et fabuleux à la fois. Nous puisons aussi beaucoup dans la période des grandes découvertes, avec les explorations de Magellan ou de Christophe Colomb.
Le monde de l’Orbiviate est à la fois empreint d’antiquité et d’un pragmatisme plus moderne car il est nourri par la présence écrasante des œuvres des dieux tout autant que par les échanges commerciaux ainsi que par la forte place laissée à la science.

Quelles civilisations ont servi de modèle principal à celles de vos livres ?

C’est principalement l’Europe médiévale et celle de la Renaissance qui nous ont inspirés pour tout ce qui concerne l’aspect architectural ou scientifique de l’Orbiviate. En ce qui concerne la religion nous avons pioché un peu partout. Il est certain que les dieux de l’antiquité gréco-romaine nous ont inspirés, par leurs aspects humains et faillibles, néanmoins on ne peut pas nier une très forte influence biblique dans la mythologie de notre monde, notamment dans ses textes sacrés.

Est-ce qu’il y a des penseurs ou des écrivains antiques que vous considérez comme importants pour votre inspiration et votre travail ?

Pline l’Ancien a joué un rôle dans le bestiaire de l’Orbiviate par ses descriptions de créatures plus ou moins fantastiques toujours présentées sous un angle réaliste. Cette fascination pour la faune couplée à une certaine ouverture d’esprit sur le monde et les secrets qu’il renferme influence sans doute la mentalité propre aux habitants de l’Orbiviate. Le monde grec se caractérisait par une géographie dont les limites lointaines n’étaient jamais très claires dans l’esprit des hommes. Nous voulions retrouver cette vision un peu décalée chez nos personnages, afin d’accroître l’exotisme de l’Orbiviate auprès des lecteurs.

Est-ce qu’il y a des personnages historiques ou imaginaires qui vous servent d’exemple pour vos propres personnages ?

Il est difficile de concevoir un personnage sans penser à quelqu’un. Parfois c’est une personne de notre entourage, parfois c’est un personnage connu. Il est rare malgré tout qu’un des protagonistes soit une copie carbone de quelqu’un ayant existé. Nous utilisons plutôt un trait de caractère qui nous a marqués, une anecdote sur sa vie, que nous arrangeons à la sauce Orbiviate. Nous faisons ainsi des clins d’œil à l’histoire ou aux œuvres que nous aimons, sans pour autant les rendre trop évidents, afin de ne pas sortir le lecteur de l’histoire par un détail trop concret.

Comment la création du panthéon des dieux de l’Orbiviate et de la religion s’est-elle déroulée?

Lors de nos toutes premières tentatives d’écriture sur ce monde fictif, nous nous étions fixés très peu de contraintes. Nous savions cependant dès le début que nous voulions des dieux de type gréco-romains, chacun avec ses propres attributs, notamment une forme humaine et animale. La liste de ces divinités n’était pas encore dressée et nous en avons créé quelques unes chacun avant de mettre notre travail en commun et de compléter le panthéon une bonne fois pour toutes. Les dieux tout comme la religion elle-même se sont révélés à nous par petites touches dans le récit, chaque manifestation et chaque cérémonie étant une nouvelle occasion de creuser la culture du monde de l’Orbiviate ainsi que l’étrange rapport qu’il existe entre ses habitants et ses dieux.

Comment est-ce que vous vous mettez d’accord quand vous voulez insérer des éléments historiques dans ce que vous écrivez ? Est-ce qu’il y a des moments où vous avez vraiment des opinions différentes quant à la conceptualisation de votre univers imaginaire ?

Avant chaque tome nous discutons longuement pour définir l’orientation que va avoir l’histoire, puis nous en établissons un plan assez détaillé. Sur l’univers en lui-même, nous n’avons jamais eu de désaccord profond. En fait, si l’un de nous a une idée qui risque d’avoir un impact fort sur le monde de l’Orbiviate, il en parle avant tout avec l’autre, pour savoir si l’idée parait ou non acceptable. En général, avec quelques aménagements parfois, toutes les idées neuves sont acceptées.


Comment expliquez-vous que les jeunes souvent connaissent mieux l’histoire fictionnelle ? Pourquoi, selon vous, s’intéressent-ils plus à la fiction qu’à la vraie histoire?

Les raisons nous en paraissent assez claires. Les œuvres de fiction, même les plus riches, sont toujours très loin d’avoir la complexité de l’Histoire véritable. Elles n’en sont jamais qu’une vulgarisation ; elles se focalisent sur un nombre de protagonistes limité, et les faits ne sont que très rarement liés à des dates ou à des éléments géopolitiques complexes. Même une œuvre comme Le Trône de fer avec ses nombreuses familles se disputant le pouvoir, ses guerres et ses intrigues paraît d’une simplicité absolue en comparaison avec les jeux de pouvoir qui se sont déroulés en un seul siècle dans des pays tel que la France ou l’Angleterre.
Bref, il est facile de se laisser emporter par un récit fictif, car l’auteur a tout fait pour le rendre aussi attrayant que possible, mais l’Histoire, elle, est constitué d’éléments factuels où le drame, l’humour, la poésie et le suspense sont bien loin d’avoir toujours leur place.

Nous vivons dans un monde où l’intérêt pour le passé et l’ancienne culture est en train de disparaître. Pensez-vous que les genres du Fantastique, de la Fantasy et de la Science-Fiction ont une grande importance pour la préservation et la transmission de l’histoire ?

Ces genres sont à double-tranchant : d’un côté ils préservent les mythes en se les appropriant, de l’autre ils peuvent faire perdre de vue la légende authentique. Par exemple dans l’Orbiviate toute créature venue des Terres Éphémères est appelée chimère. C’est pour nous un hommage à l’antiquité, néanmoins il est vrai aussi qu’une telle appellation nous éloigne du monstre mythique, amalgame de lion, de chèvre et de serpent.
Il n’en reste pas moins que le lecteur qui ne connaît pas les mythes originaux pourra voir sa curiosité piquée par nos références et se renseigner, découvrant ainsi l’histoire et la mythologie par le biais de ses lectures fantastiques.

Duiker

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2 Responses to Parole à Roland Vartogue

  1. […] de Reines et Dragons), et Romain Aspe et Nicolas Delong (le duo qui compose le nom de plume Roland Vartogue). L’organisateur David K. Nouvel était le modérateur de cette première rencontre. Chacun […]

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