Après avoir vu à quoi ressemblait les ateliers d’écriture et leurs différentes philosophies, je vais à présent vous en proposer deux pour que ceux qui n’ont jamais pu y participer voient à quoi cela ressemble concrètement.

Il faut savoir que les exercices choisis, la longueur de l’atelier et le temps accordé à chaque exercice varie selon le public. Pour ma part, j’ai choisi de m’adresser ici à un public plutôt adulte de non-spécialistes au cours d’un atelier hebdomadaire qui viendrait juste de commencer.

Personnellement, je n’écris pas quand j’anime mais cela dépend des personnes. La lecture de ses textes est bien sûr fortement conseillée (on est là pour partager) mais ne doit vraiment pas avoir un caractère obligatoire au risque de bloquer certaines personnes : il faut toujours penser à être bienveillant avec les textes des autres qu’on soit écrivant ou animateur.

Vous verrez que j’aime beaucoup changer les modes de lecture à voix haute, même si les choix sont limités : en effet, la parole doit « circuler », il faut casser la monotonie du tour de table bête et méchant.

Autre précision : je dis toujours « exercice » mais en fait ce sont plutôt des « propositions d’écriture », les animateurs ne sont pas des psycho-rigides (même si on en trouve) : la consigne est là pour être déviée, voire enfreinte!

Premier atelier : successions d’exercices.

Ici, le but est de créer des liens et donc une dynamique de groupe à travers une série d’exercices simples et indépendants : un façon détournée de parler de soi.

1) L’acrostiche à partir du prénom : à chaque lettre on accroche un mot, adjectif, nom, verbe, pour se décrire. Chacun lit le sien lors d’un tour de table.

2) Le photo-langage permet de travailler sur un matériau, ici une image ou une photo que l’animateur aura amené. Vu que c’est une première prise de contact avec le public, mieux vaut ici que ce soit la même image pour tous : ainsi on voit comment chacun l’interprète, quelle histoire il met derrière. Il faut que ce soit des courts textes, lisent ceux qui veulent.

3) Le « Je me souviens » de Perec : dans cette exercice, les écrivants font une dizaine de phrases commençant chacune par « Je me souviens ». Pas d’autres consignes, mais de façon quasi-systématique ce sont des éléments auto-biographiques qui surgissent, parfois déguisées. La lecture se fait en tournant, chacun dit une phrase, on fait le tour de table, puis la deuxième phrase, etc. L’enchaînement est assez rapide.

4) Le lipogramme en « u », c’est-à-dire un texte (environ une quinzaine de lignes) où à aucun moment la lettre « u » ne doit être employée. C’est une bonne lettre pour commencer, car on la détecte facilement, ce n’est pas la plus utilisée (donc on peut quand même écrire sans) mais qu’on retrouve quand même assez régulièrement (d’où la difficulté!). L’animateur désigne les lecteurs à tour de rôle : la lecture peut être interrompue à tout moment si jamais quelqu’un détecte un « u » oublié !

5) Le haïku, un exercice de poésie très apprécié des ateliéristes composé de trois vers de 5, 7 et 5 syllabes dans l’ordre. Il en existe deux sortes : le haïku de saison qui décrit la nature et le temps qui passe, et le haïku de circonstances qui évoque la brièveté d’un instant. Pour la lecture, le premier qui vient de lire désigne la personne qu’il veut entendre et ainsi de suite.

6) Le portrait chinois, un indémodable, mais essayons d’être plus original et de ne pas demander la couleur ou la ville… Cet exercice ressemble au « Je me souviens » : chaque phrase début par un « Si j’étais… » et c’est l’animateur qui choisit quoi mettre à la place de ces points de suspension. Voici mes propositions : « Si j’étais une œuvre d’art / un moment de la journée / une émotion / une philosophie / une planète / un mot étranger, je serais… ». Là aussi la lecture se fait à tour de rôle, une phrase puis on passe au voisin, etc.

Deuxième atelier : le dispositif

Le dispositif est une succession d’exercices pensés pour s’enchaîner, ils dépendent les uns des autres et fonctionnent sur le même thème : ici, il s’agira tout simplement de l’écriture. Le but du dispositif décrit ci-dessous est de se diriger en douceur vers une écriture plus « littéraire », plus travaillée, tout en faisant appel son imagination, en jouant avec les mots.

1) Un abécédaire sur le thème de l’écriture. Tout simplement ! Pour la lecture, on fait un tour de table, une lettre puis l’autre. Cela doit aller assez rapidement.

2) Le second exercice n’a pas de nom. On reprend dans l’abécédaire les lettres qui forment le mot « ECRITURES » (au pluriel pour faire durer le plaisir), puis on doit placer chacun de ces mots, dans l’ordre, dans un texte d’une quinzaine de lignes. L’animateur désigne les lecteurs qui doivent rappeler au début les mots qu’ils ont du prendre dans leur abécédaire.

3) Puis chacun prend deux morceaux de papier : sur le premier, on écrit la première phrase de son texte (exercice 2) que l’on passe à son voisin de droite, et sur le second, on écrit la dernière phrase et on la donne à son voisin de gauche. Ainsi chacun a deux phrases qui ne sont pas de lui, il doit alors se débrouiller pour les lier, trouver des mots, une histoire qui arrivera à faire une passerelle entre ces deux phrases (dont on peut modifier un tout petit peu la grammaire ou la ponctuation si besoin). Le premier lecteur désigne le second, etc. Il faut être attentif à ses lecture et…

4)… noter tous les personnages qui semblent intéressants, que ce soit un être humain, un animal, un objet, une émotion. Puis, on en choisit deux parmi ceux que l’on a noté et on les fait dialoguer sur le thème de l’écriture. La lecture se fait selon l’ordre alphabétique des prénoms.

5) Puis pour finir plus calmement, un exercice plus personnel. Il s’agit ici d’écrire sur sa perception de l’écriture après avoir vécu ces deux ateliers : est-ce un jeu, un témoignage, un dur travail, un formidable moyen d’exprimer sa créativité ? Quel est le sentiment ressenti lors de l’écriture ? Et qu’éprouve-t-on qu’on écrit sous l’œil des autres et qu’on partage ses textes lors d’un atelier ? Pour la lecture, deux possibilités : soit on a encore un peu de temps et les écrivants se mettent en binôme, lisent le texte de l’autre puis échangent à voix haute sur leur point de vue, soit la lecture se fera au prochain atelier après une réécriture du texte faite chez soi.

Voilà, j’espère que ces deux exemples pourront répondre aux interrogations de certains. Je ne peux que vous encourager à participer à un atelier d’écriture, ne serait-ce qu’une fois de façon ponctuelle : c’est une activité qui s’adresse vraiment à tous, pas la peine d’être un écrivain affirmé pour cela. Il vous faut juste l’envie de poser votre stylo sur une feuille pour qu’il en ressorte quelque chose !

La Critiquante

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5 Responses to Les mercredis critiquants : exemples d’ateliers d’écriture

  1. Manuel dit :

    Pour info, le dispositif n°2 porte un nom, c’est le logo rallye. C’est un jeu bien connu des membres de l’oulipo. Et le dispositif suivant est une adaptation du cadavre exquis.

  2. Fleury Catherine dit :

    Bonjour,

    Merci à toi la Critiquante pour le partage de cette passion .
    J’ai participé à plusieurs ateliers d’ écriture. Tu résumes bien le sens de cette activité et les exercices souvent rencontrés
    J’écris et j’aimerais correspondre avec toi sachant que je vais sûrement m’installer sur Nantes sous peu.
    Je pourrais ainsi avoir le plaisir d’assister à l’un de tes ateliers
    A bientôt
    Catherine

  3. marie ange dit :

    celà fait longtemps que j ai le désir de participer à 1 atelier d écriture…il y en a prés de chez moi mais toujours les jours où je travaille!!! merci pour vos exercices….y a t il des ateliers gratuits en ligne?

    • n’hésitez surtout pas à participer à un de ces ateliers … je l’ai fait, il y a déjà ans et ça m’a conduit à l’écriture. J’ai travaillé très fort, mais l’auteure qui donnait l’atelier m’avait dit que j’avais un talent brut et que je devais écrire. J’ai maintenant une trilogie qui est sur le marché canadien et il est même dans 26 pays francophones! Tout comme vous, j’avais hésité longtemps et je trouvais toujours une raison pour remettre à plus tard. Sur les berges du Lac Brûlé aux Editions Guy Saint-Jean … ça a débuté par un simple atelier d’écriture!

  4. Bernier Dominique dit :

    Merci pour votre aide, ces « consignes « me dépannent bien! Vive les ateliers d’écriture! j’espère pouvoir apporter de l’eau au moulin aussi bientôt!

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