Le Dimanche en Musique des Plumes : The Monkees
Ils symbolisent « l’énergie intérieure et la réussite personnelle, sur fond d’optimisme. Le sport sert à une énonciation de l’échec, de l’effort vain ». Philippe Rigaut ne parle pas des cris de joie des supporteurs de foot. Dans « Entre révolte et solitude : métamorphoses de la chanson française contemporaine », il évoque ceux qui ont fait les beaux jours du Top 50 et les mauvais jours de la chanson : les Boys Bands.
Alliage, 2 be 3, World Apart ont fait hurler les pré adolescentes des années 90 avant d’être hués par les médias. De N-Sync ou Take That, il ne reste que Justin Timberlake et Robbie Williams comme reliques d’une célébrité esthétique tant désirée.
Outre Manche, les producteurs sont aussi adeptes des castings bien huilés et produits dérivés lucratifs avec les Spice Girls et les S Club 7. Mais les groupes à la qualité musicale contestable montés de toutes pièces ne datent pas d’hier. Bien avant les What For, il y avait les Monkees.
Sans Beatles, il n’y aurait jamais eu de Monkees. Les Fab Four au plus fort de la Beatlemania multiplient leur présence sur les écrans, petit et grand. Surfant sur leurs toute fraîches images d’idoles, Paul, John, George et Ringo enregistrent le film « Hard Day’s Night » avec une Bande Originale où on peut rencontrer If I Fell, Can’t Buy Me Love ou I Should Have Known Better. L’histoire des délires des 4 garçons dans le vent, filmée par Richard Lester fait recette au cinéma. Les producteurs se frottent les mains à l’idée de trouver de petits jeunes et de filmer leurs délires pour un max de bénéfice. Bob Rafelson et Bert Schneider, producteurs à la NBC sont de ceux-là et passent une petite annonce dans le journal « Variety » pour trouver les 4 prodiges. Les quatre élus seront Michael Nesmith, Michael Dolenz, David Jones et Peter Torkleson. Les garçons ne sont peut être pas des musiciens hors pair mais leur savoir au banjo, à la guitare ou sur les planches est suffisant pour rencontrer la gloire.

Pour parfaire la panoplie du succès garanti, les rôles sont distribués : « Micky » sera le facétieux, « Mike » le débrouillard sérieux, « Peter » le naïf et « Davy » le beau ténébreux. Un brin stéréotypés mais la formule fait mouche ! Dès la rentrée 1966, la série est lancée pour deux fois 58 épisodes. Les deux saisons seront cultes tant pour leurs situations cocasses que pour leur humour décalé. Entre deux disputes avec leurs voisins de la Côte Ouest, le quatuor interprète ses plus grands tubes sous sa véranda. Les chansons « vues à la télé » connaissent un fort succès notamment avec en tête: « Daydream Believer » et « I’m a Believer ». Si le clip de la première a toujours été au centre des moqueries des amoureux de la pop, le second a connu une belle carrière avec des reprises par The Four Tops, Weezer ou Nina Hagen avec même une vision politique.
Avec tant de réussites, les choses se fanent, cependant, vite. Et il n’a fallu que 2 ans pour que le triomphe des Monkees ne fasse une chute fulgurante. Alors que leurs albums ne sont plus en tête des charts, les musiciens se lassent de leurs blagues sur petit écran, ils s’invitent alors sur scène. Mais leurs spectacles précédés en première partie par The Jimi Hendrix Experience, ou leur goût pour des guests de comédie encore peu connus, tels que Johnny Cash ou Franck Zappa, font grimacer leur producteur et le grand public.
Sollicités par les plus célèbres, John Lennon trouvait leur humour digne « des Marx Brothers », mais boudés par leurs financiers, les Monkees se lancent dans un dernier tour de piste sur grand écran. Mais leurs chansons psychédéliques dans « Head » ne connaissent pas le succès escompté. Le groupe se sépare en 1970 alors que ses producteurs ont propulsé leurs nouveaux artistes dans un dessin animé, The Archies. Les Monkees ne cessent depuis les années 70 de se reformer en vain.
La chanson de ce dimanche, spécial Monkees, est « Pleasant Valley Sunday ». Sous la chanson pop à la guitare digne des Kinks, se cache un souvenir d’enfant. Les auteurs, Gerry Goffin et Caroline King, ont cristallisé dans la mélodie de 3 minutes leur passé dans le New Jersey près de la rue « Pleasant Valley Way ». Un souvenir commun urbain pour les baby boomers d’alors. Extraite de l’album, Pisces, Aquarius, Capicorn & Jones Ltd., la chanson marque le début de la seconde saison des Monkees. Elle est aussi l’ultime succès du groupe, l’album fut le dernier qui se classa numéro un au Billboard.
Une madeleine de Proust, comme Penny Lane, aussi savoureuse que lucrative !
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