Le faste, le glamour, la provocation ou la beauté ? La 65° édition du Festival de Cannes n’a pas joué dans la tradition festivalière mais avec un maître mot à combattre ou à accepter : l’ennui. La Palme d’Or est un parfait exemple du bon film avec une dose non négligeable de soporifique terriblement réaliste et… banal. Après tout, la normalité a la cote ces derniers temps.

Comme Cannes ne se résume pas qu’à la sélection officielle du Grand Auditorium, les festivals parallèles fleurissent de partout, aux alentours de la Croisette. Un Certain regard, la Quinzaine des réalisateurs, la Semaine de la critique ou l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid) mais aussi Ecrans juniors, Cinéma des antipodes et Visions sociales offrent leurs films aux professionnels ou aux cinéphiles. Avec tant de films, évidemment, difficile de tout voir ! Alors voilà ce qu’on a retenu de Cannes et de sa sélection 2012 :

1. Les scénaristes ont agonisé, vive les écrivains. Don DeLillo, François Mauriac, Jack Kerouac ou Alfred de Musset étaient les stars de l’édition 2012, volant parfois la vedette à David Cronenberg, Claude Miller, Walter Salles et Sylvie Verheyde. Si l’intrigue du golden boy dans sa limousine de Cosmopolis est assez fascinante, est-ce une bonne idée d’adapter un livre en film, même à ce haut niveau de réalisation ? La réponse est négative. On entend presque craqueler la pellicule du film Confessions d’un enfant du siècle (sortie le 29 août 2012) lors de sa projection et ce malgré son casting rock’n roll : Pete Doherty, Charlotte Gainsbourg ou Guillaume Gallienne. L’écrivain du XIX° siècle a alors l’air terriblement moderne, passionnant et vivant, chose surprenante pour un écrit romantique.

La tâche est également difficile pour Sur la route (en salles) de Walter Sallers. Le réalisateur de Carnet de voyages, captivant la jeunesse du futur Che, a, visiblement, tout misé sur son casting hollywoodien pour faire oublier les faiblesses de son film. Et il est vrai que Tom Strurridge, méconnaissable dans le rôle de Carlo Marx par rapport à Good Morning England, Kristen Stewart en jeune fille surexcitée ou Viggo Mortensen offrent de beaux moments de comédie mais ne font pas oublier le problème central du film : comment choisir les faits de cette bible du mouvement beatnik sans déformer l’œuvre de Kerouac ? Et bien, c’est simple : c’est impossible. Walters Sallers en a conscience puisqu’il choisit les paysages cartes postales et les clichés (sexe, drogue et jazz) pour évoquer l’œuvre littéraire. Tout cela laisse, au mieux, une atmosphère mais donne terriblement envie de relire le livre, avec sa nouvelle traduction.

En allant sur la route vers le Kazakhstan, le tableau est le même. En s’inspirant amplement de Crime et Châtiment de Dostoïevski, le cinéaste Darezhan Omirbayev entendait dépeindre l’injustice de la société kazakhe. L’histoire de cet étudiant en philosophie dans Student métamorphose l’épais pavé en lente et touchante chronique d’Europe de l’Est. L’œuvre silencieuse montrant d’une façon déconcertante le passage de l’étudiant ruiné en assassin amène parfois le spectateur dans les années 70 de la sélection cannoise. Dépaysant mais donnant une profonde envie de dépérir.

Le mieux est encore de vivre dans la peau d’un écrivain, comme un vrai personnage romanesque. Philip Kaufman relève le défi avec Hemingway & Gellhorn et le duo étonnant Clive Owen et Nicole Kidman. L’histoire d’amour entre l’écrivain Ernest Hemingway et sa troisième femme reporter Martha Gellhorn a connu tant de péripéties et de guerres intimes comme internationales qu’en tirer un téléfilm d’action était inévitable. Entre la reconstitution de la guerre en Espagne ou le milieu mondain de Floride, la chaîne américaine HBO a donné tant de moyens pour ce divertissement littéro–historique grand public haletant. Nicole Kidman y est icône fragile mais femme de caractère, Clive Owen amateur de femmes et de sensations fortes. Un mélange efficace pour une soirée agitée.

 2.  « Inspirés d’une histoire vraie » fait plus ou moins succès. C’est l’autre mode dans le milieu du cinéma. Le festival de Cannes de cette année n’a pas fait exception. Le fait divers et l’événement historique ont eu le beau rôle. L’immersion « vu à la télé » a commencé très tôt dès le début du festival avec Après la bataille. Yousry Nasrallah s’est infiltré dans la foule de la place Tahrir pour y trouver l’inspiration… et quelques plans. Le face à face entre un des cavaliers de la place du Caire et d’une militante de la révolution égyptienne devait être puissant et intense comme la révolte de la région et le film devait faire vibrer le spectateur à la lisière de la réalité contemporaine et de la fiction. Mais le récit se perd dans « l’histoire d’amour » platonique et interdite entre les deux héros et parfois on oublie le contexte politico-social tellement l’histoire est désincarnée par ses protagonistes qui crient leur rage parfois un peu trop faux. Du vrai gâchis cinématographique.

Pour remonter la pente, rien de tel que Red Dog. Basée sur un fait divers des années 70 en Australie, l’histoire du chien roux qui fit le tour de l’Australie a donné des idées de génie au cinéaste Kriv Stenders. Dans un décor vintage, Noah Taylor, le père de Charlie et la Chocolaterie ou Keisha Castle-Hughes de l’épisode 3 de Stars Wars enchantent, dans la vanne, la bière et la bonne humeur, le côté ouest de l’Australie. Les sentiments dégagés autour du canidé sont ceux d’un film choral (compassion, solidarité, communauté) mais avec une bonne dose de rock’n roll et de rire.

 

Suite du bilan cannois demain.

Solène L.,  présente sur place

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One Response to Cannes 2012, le bilan de tout le festival (1/2)

  1. Vika dit :

    Bel article !
    Pour le moment, je n’ai vu que Cosmopolis, et non, il n’aurait pas fallu l’adapter (je pense). Ca me donne bien envie d’aller au cinéma tout ça !

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