Illustration de Gérard Trignac, choisie comme logo du colloque.

Il y a quelques jours, du 7 au 9 juin, s’est déroulé le colloque international tant attendu : « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain : Fantasy, Fantastique et Science-Fiction », organisé par Mélanie Bost-Fiévet, David K. Nouvel et Sandra Provini, avec le soutien du Professeur Perrine Galand et l’aide amicale de Bertrand Hallyn. Cet événement scientifique, ouvert gratuitement au public, a été financé par l’École Pratique des Hautes Etudes et l’Université de Rouen. Les éditions Fleuve Noir et Mnémos étaient partenaires, ainsi que les sites internet Elbakin.net et Fantasy.fr. L’École Normale Supérieure, rue d’Ulm, avait accepté d’accueillir en son sein une des trois journées du colloque, les deux autres se déroulant dans les locaux de l’Université de Rouen (jeudi 7) et de l’Institut National d’Histoire de l’Art (INHA), rue Vivienne à Paris (samedi 9).

Le but de ce colloque était triple :  il s’agissait d’abord de repérer le réinvestissement de motifs antiques dans les œuvres de l’imaginaire, d’étudier ensuite le rapport des auteurs eux-mêmes à cet héritage (Procèdent-ils à un réinvestissement conscient des représentations antiques ? Pour quelle raison choisissent-ils cette source d’inspiration ?) et enfin de comprendre le rôle que jouent les références antiques dans l’intérêt que prend le lecteur au texte. Pour explorer ces champs de recherche, pas moins de 26 chercheurs du monde entier étaient conviés : il y avait des Français, bien sûr, mais aussi des Américains, des Britanniques, un Canadien et des Allemands. Conscients que le sujet ne pouvait être correctement traité sans faire appel aux créateurs contemporains, les organisateurs avaient aussi invité 12 auteurs français (Charlotte Bousquet, David Camus, Fabien Clavel, Alain Damasio, Lionel Davoust, Nathalie Dau, Jeanne-A Debats, Catherine Dufour, Sylvie Miller, Rachel Tanner et Roland Vartogue — pseudonyme sous lequel se cachent en réalité deux auteurs : Romain Aspe et Nicolas Delong) et 2 auteurs internationaux (Steven Erikson et Jasper Fforde).

Crédit photo Stéphane Bernault

L’ensemble des communications, à une ou deux exceptions près, étaient passionnantes et de haute teneur scientifique. Certaines ont attiré notre attention plus que d’autres et nous allons essayer d’en résumer le contenu.

Jeudi 7 juin 2012

Le premier jour s’est déroulé en comité réduit, avec une trentaine de personnes présentes à Mont-Saint-Aignan. Après une ouverture par la présidente du Conseil Scientifique et par la représentante du CÉRÉdI, et une introduction réalisée par Sandra Provini, Mélanie Bost-Fievet et Perrine Galand, Anne Berthelot, venue des Etats-Unis pour l’occasion, fut la première à ouvrir le bal avec une communication sur « le mirage atlante, ou l’étrange couple fantasy et antiquité ». Puis ce fut le tour de Tony Keen, qui organise l’année prochaine un colloque sur la SFFF et le monde antique à Liverpool, d’aborder le mythe de Pygmalion dans deux romans contemporains, puis d’Annette Simonis d’examiner les « voyages mythiques et passages aux Enfers dans la littérature fantastique contemporaine ».

Clôturant la session du matin, Claire Cornillon (fraîchement docteur de l’Université Paris III-Sorbonne Nouvelle) s’est intéressée à quatre nouvelles de Science-Fiction : « Shambleau » de Catherine Moore et « The Return of the Medusae » de Thomas Disch qui reprennent le mythe de Méduse, « Lettre à une ombre chère » de Gérard Klein qui travaille sur Thésée, Ariane et le Minotaure, et « Bergère ô » de Claire et Robert Belmas, qui met en scène Ulysse. Genre du questionnement par excellente, la SF fait rarement appel à l’Antiquité gréco-latine ; il semblait donc à première vue surprenant que des auteurs basent leur nouvelle sur des mythes tirés de cette Antiquité. Or Claire Cornillon, dans un exposé brillant mais simple, a montré comment, dans ces quatre exemples, le mythe n’était pas « un ornement mais une porte vers ce qui est le cœur de la démarche de la science-fiction, c’est-à-dire une interrogation portée sur le monde ».

L’après-midi, deux communications nous ont particulièrement réjouis : celles d’Hervé de La Haye et d’Isabelle Casta.

Le premier s’intéressait à un dessin animé qui a fait le bonheur de nombreux enfants : Ulysse 31. Cette série télévisée, créée par Nina Wolmark et Jean Chalopin en 1981, est un cas rare de dessin animé pour la jeunesse proposant de véritables intrigues de science-fiction et présentant une expérience paradoxale de réutilisation des mythes grecs. À travers 26 épisodes, cette co-production franco-japonaise ne s’est pas contentée d’actualiser l’Odyssée d’Homère dans le lointain futur mais elle a proposé des aventures tirées d’autres mythes (Ulysse rencontre alors Sisyphe ou Orphée, se bat contre le Minotaure, etc.), soulignant « la force inentamée de ces schémas venus de l’Antiquité et offerts aux jeunes spectateurs d’aujourd’hui ». Ulysse, accompagné de son fils Télémaque, devient l’aède qui se charge de mimer au spectateur des années 80 et 90 les mythes d’hier dans un futur où la mythologie a été oubliée, effacée de la mémoire collective. Hervé de La Haye a donc démontré que l’enjeu d’Ulysse 31 n’était donc pas « la fidélité au texte d’Homère mais la restitution, dans un univers qui est le leur, de récits et personnages mythiques, avec toute leur force, sous quelque forme que ce soit — ici, une épopée de science-fiction ».

Isabelle Casta, de l’Université d’Artois, a consacré son temps de parole à l’usage des langues anciennes dans Harry Potter, entre « langue du sacré » et « langue du secret ». Elle s’est interrogée sur la fonction du latin dans la septologie de J.K. Rowling et s’est demandée si cet usage était le même que celui qui est fait de la langue de Cicéron dans la littérature bit-lit. Elle s’est notamment appuyée sur la saga de Melissa de la Cruz, Les Vampires de Manhattan, dans laquelle les vampires sont d’anciennes créatures célestes tombées avec Lucifer, qui demeurent soumis au latin : langue sacrée et dernière entrave de leur passé prestigieux.

Cette journée, véritable mise en bouche, s’est clôturée avec une table-ronde sur la série Battlestar Galactica où Sylvaine Bataille, Louis L’Allier et Tom Garvey ont démontré la dette troublante du scénariste pour l‘Anabase de Xénophon, ainsi que l’influence d’Hésiode.

Vendredi 8 juin 2012

Alors que la journée devait avoir lieu dans la Salle des Résistants à l’ENS, le colloque a finalement migré vers la Salle des Actes, plus à même d’accueillir les soixante-dix personnes qui se bousculaient aux portes. Entourés des noms des plus illustres normaliens (entre autres Georges Pompidou), six orateurs se sont intéressés à l’héritage épique, entre reprises classiques et reprises populaires. Si Jochen Walter a exploré les contrées de Lovecraft, Isabelle Cambou est allée se promener du côté de David Gemmell avec son Troy. Isabelle Périer s’est demandé si l’on assistait à « un retour de l’épique » (voir ici le compte-rendu qu’en a donné le site Cornucopia) et Isabelle Pantin s’est penchée sur « l’ombre de Troie dans l’œuvre de Tolkien » (compte-rendu sur Cornucopia). Les deux communications qui nous ont tout particulièrement passionnés étaient celle d’Anne Besson (dont la beauté ne gâche en rien ses talents d’oratrice hors-pair) sur le cas de Neil Gaiman et celle de Maureen Attali sur « les éléments d’historiographie des religions romaines dans A Song of Ice and Fire de George R.R. Martin ».

Anne Besson, aidée d’un seul powerpoint, sans notes, s’est intéressée aux traces de l’antiquité gréco-latine dans l’œuvre du père de Sandman. Son premier constat fut qu’elles étaient peu nombreuses, comme si Gaiman se refusait à montrer une quelconque influence autre que populaire. Examinant les quelques références qu’elle a pu trouver (« Auguste », les différentes étapes de l’histoire d’Orphée… dans Sandman, par exemple), elle a démontré qu’elles servaient de base à l’histoire que racontait Gaiman et qu’elles se trouvaient aux moments-clés de cette dernière.  L’objectif de cette communication était de « considérer ici que la culture gréco-latine, dans le mélange qu’elle présente de profonde familiarité (celle des textes fondateurs) et d’altérité nébuleuse (celle des connaissances scolaires et érudites telles que les conçoivent les consommateurs de récits de genre), fonctionne comme paradigme exemplaire des opérations de  »recyclage » opérées par la post-modernité  »pop » ».

Clôturant la partie « colloque » de cette deuxième journée, Maureen Attali (cf. photo) s’est plongée pour notre plus grand plaisir dans l’œuvre du célèbre G.R.R. Martin pour explorer les influences des religions romaines dans A Song of Ice and Fire. Elle a fondé son exposé sur l’étude des trois religions principales de Westeros : les croyances les plus anciennes (old gods) semblent « similaires à la religion romaine archaïque, en particulier telle qu’elle était analysée par l’historiographie qualifiée de  »primitiviste » du début du XXème siècle ». La religion majoritaire, désignée par le terme de Faith, s’apparente à la « religion romaine classique, tandis que le culte monothéiste émergent du dieu R’hllor est visiblement inspiré du christianisme antique ». Elle a pu démontrer que l’auteur avait basé ses créations sur des théories d’histoire des religions datant des années 1970. La question qui fut alors posée, sans qu’une réponse définitive puisse y être apportée (à moins d’interroger Martin sur le sujet), était de savoir si l’auteur avait eu accès à ces connaissances à travers des ouvrages de vulgarisation scientifique (qui présentent toujours un temps de retard par rapport aux publications scientifiques, images instantanées de la recherche en train de se faire) durant la rédaction des volumes précédents, ou s’il avait lu ces théories-là durant sa jeunesse. (Lire le compte-rendu d’Anne Debrosse sur Cornucopia.)

À 16h00, la première table-ronde d’auteurs invités commença : le panel se composait de David Camus, Nathalie Dau, Rachel Tanner, Lionel Davoust et Sylvie Miller (anthologistes de Reines et Dragons), et Romain Aspe et Nicolas Delong (le duo qui compose le nom de plume Roland Vartogue). L’organisateur David K. Nouvel était le modérateur de cette première rencontre. Chacun fut invité à se présenter, parler de son œuvre et essayer d’esquisser la présence de l’Antiquité dans ses romans. Après un début timide, les auteurs ont confié aux universitaires et à l’assistance leur manière de gérer et de travailler ou non cette influence antique qui a bercé leur enfance et leurs études. Nathalie Dau s’est très vite passionnée pour tous les mythes et elle a raconté qu’elle a abordé son passage difficile à l’école religieuse comme un nouveau mythe à découvrir. Les anecdotes ont fusé et chacun des auteurs a pu s’exprimer sur sa manière de fonctionner lorsqu’ils travaillent sur une réécriture, de la recherche effrénée à l’utilisation du simple souvenir. La table ronde s’est ensuite ouverte, sous l’égide de David K. Nouvel, à l’assistance. Des questions, c’est le rôle de créateur de mythes qui a été mis en évidence. À la manière des auteurs antiques, qui se sont eux aussi approprié les mythes et les ont réécrits, les écrivains ont été décrits comme de nouveaux créateurs ajustant, modifiant et écrivant des mythes. Tels des ménestrels et autres bardes, ils poursuivent une tradition d’oralité — bien qu’écrite dans ce cas — et font vivre ces histoires fantastiques avec un plaisir non dissimulé. (Voir le post de Lionel Davoust sur cette table-ronde.)

Enfin à 18h00, Bertrand Hallyn a interviewé Steven Erikson, auteur connu mondialement mais peu lu en France (seuls deux de ses ouvrages sont traduits en français). Le contenu de cette rencontre sera disponible dans les semaines à venir sur Les Plumes Asthmatiques, vous pouvez consulter la version originale ici.


Samedi 9 juin 2012

La dernière journée s’est déroulée à l’Institut National d’Histoire de l’Art, rue Vivienne, dans la belle salle Vasari. Huit communications étaient à l’ordre du jour… Si Charles Delattre s’est intéressé aux figures de Galadriel et de Shelob chez Tolkien en les rapprochant de la Circé antique, Michel Briand s’est penché sur l’œuvre SF de Francis Berthelot, et en particulier de Mélusath (1999) et Hadès Palace (2005). Hélène Vial a livré ses hypothèses sur la présence de l’Antiquité grecque et romaine dans l’œuvre d’Hayao Miyazaki et Florent Rouillé a traqué la fascination de Philip K. Dick pour les présocratiques et en particulier Héraclite. Prévue pour le premier jour, mais ayant raté une correspondance à New-York, Marian Makins a fasciné l’auditoire avec son étude des Hunger Games, en étudiant avec précision la réception de l’Antiquité et la notion de résistance dans l’œuvre de Suzanne Collins.

La communication qui a le plus enthousiasmé le public ce matin-là fut celle de l’organisatrice Mélanie Bost-Fievet, qui portait sur les « Héritages poétiques et philosophiques latins dans la représentation de l’âme chez Robin Hobb, Philip Pullman et Alain Damasio » — pour la première fois de sa vie, l’oratrice étudiait l’œuvre d’un auteur vivant et présent dans la salle : Alain Damasio. Pour la conférencière, l’âme est représentée de deux manières dans les œuvres de Fantasy contemporaine : elle est soit fractionnable/ée, atomique, soit transformée. Dans le premier cas, les auteurs donnent à lire aux lecteurs des descriptions de corps privés d’âme. « Ainsi, les âmes du monde de Lyra (P. Pullman, His Dark Materials) sont incarnées par des compagnons animaux dotés d’un tempérament ; les enfants que l’on a violemment privés de leur daimon sont véritablement mutilés. R. Hobb évoque, dans The Farseer Trilogy, les hordes des victimes des red ship raiders, privés d’âme, comme les condamnés de J. K. Rowling au baiser du Dementor. » Le second cas est parfaitement illustré dans La Horde du Contrevent d’Alain Damasio (que Les Plumes Asthmatiques vous conseillent vivement si vous ne l’avez pas encore lu !) avec les vifs, âmes des compagnons de la Horde qui s’accrochent à leurs camarades encore en vie ou qui se métamorphosent en loutre, comme par exemple dans le cas de Sveziest.

Certains plumiers ont profité de la pause du repas pour faire main basse sur Alain Damasio afin d’échanger avec lui autour de son premier roman, La Zone du dehors, et d’un sujet qui lui tient à cœur : la dystopie. L’auteur a alors évoqué le désir qu’il avait eu, en découvrant dans sa jeunesse le chef d’œuvre de Georges Orwell1984, d’en livrer une version dont la fin serait résolument plus optimiste. Il nous a alors fait part de la nécessité, pour lui, de « rendre la révolte désirable » dans un monde qui tend de plus en plus à subordonner la liberté au confort et à la sécurité.

Avant de passer à la seconde table-ronde, l’audience a eu le plaisir d’entendre deux communications, qui ont clôturé la partie « colloque » de cette journée : Nathalie Catellani-Dufrêne a montré l’alliance entre mythes antiques et humour dans The Last Hero de Terry Pratchett, et Muriel Lafond s’est intéressée à la tentation du burlesque dans la représentation des dieux et héros mythologiques dans la littérature de l’imaginaire post-moderne (son corpus de textes était composé des œuvres de l’excellent Thomas Burnett Swann, des Dieux ne valent pas mieux de Marie Philips et  de Malpertuis de Jean Ray).

Il fut temps d’accueillir les autres auteurs français qui avaient été invités pour l’occasion, dans une table-ronde animée par Mélanie Bost-Fievet : Charlotte Bousquet, Fabien Clavel, Jeanne-A Debats, Alain Damasio et Catherine Dufour. Dès le départ, cette table ronde s’est montrée plus décontractée que la première, les auteurs n’hésitant pas à faire des blagues. Mais le sérieux n’étant jamais loin, les auteurs ont répondu aux différentes questions. Comme leurs prédécesseurs, l’influence de l’Antiquité est certaine, du mythe jusqu’à la philosophie des auteurs antiques. Alain Damasio doutait de la légitimité de sa présence au colloque mais a découvert que les auteurs dont il s’est inspiré pour son livre La Horde du Contrevent, Gilles Deleuze et Friedrich Nietzsche, ont puisé avidement dans la philosophie antique. Encore une fois, c’est cette passation de thèmes au fil des générations d’auteurs qui ressort. Par ailleurs, Catherine Dufour a pointé, pour sa part, une certaine saturation vis-à-vis de l’influence antique, presque agacée de voir partout des références à l’Antiquité, conscientes ou non, revenant à la célèbre phrase de La Bruyère : « Tout est dit et l’on vient trop tard depuis sept mille ans qu’il y a des hommes et qui pensent ». Bien qu’avec des personnalités et des styles différents, cette table ronde s’est révélée presque identique à la première dans les réponses apportées quant à l’influence, l’écriture et les recherches.

Petit plaisir pour tous les fans, Alain Damasio a parlé ouvertement de son prochain roman, Les Furtifs, et a mentionné qu’il réécrit et adapte le mythe des Gorgones qui le fascine.

Enfin, le colloque s’est terminé par la rencontre avec Jasper Fforde, le créateur de la série littéraire Thursday Next, qui était en discussion avec l’organisateur David K. Nouvel. L’auteur britannique, très à l’aise, a parlé de son éducation — il a arrêté ses études au niveau du bac anglais — et de sa famille. Bien qu’il ait arrêté tôt ses études, il a bénéficié d’un environnement très universitaire, avec son père, son grand-père (diplômé de la Sorbonne !) et ses frères et sœurs qui ont tous fait de longues études. Fasciné par le cinéma, il a commencé à travailler dans ce milieu et s’est vite rendu compte que le métier de réalisateur n’était pas fait pour lui. Son envie était, en effet, d’écrire des scénarios. Peu habitué à manier les mots, il a pris son temps et a beaucoup travaillé, faber fit fabricando. Mais ses premiers scripts ne sont pas adaptés. Jasper ne s’est pas découragé : essayant une nouvelle technique, il s’est mis à écrire des short stories pour résumer ses scénarios. Un jour, une de ses short stories s’est transformée en roman. Il venait d’écrire le premier livre des Nursery Crimes, le spin-off de sa série Thursday Next.

Il a avoué être un grand lecteur depuis le début. D’ailleurs, il a raconté à l’assistance qu’il se souvient de la première fois où il a pu lire un livre seul, et du bonheur de pouvoir piocher dans la bibliothèque n’importe quel ouvrage pour le lire encore et encore. Depuis, il ne s’arrête pas et ses lectures sont variées. Des grands classiques de la littérature aux romans de gare, des essais à la poésie, Jasper Fforde est un boulimique de la littérature et on comprend plus aisément ainsi l’univers particulier de Thursday Next. D’ailleurs, lorsqu’il travaille sur un de ses romans, il fait peu de recherches sur les romans qu’il met en scène, de même qu’il ne lit jamais d’ouvrages de théorie littéraire (le monde complexe de Thursday Next est donc basé sur sa seule expérience de lecteur et d’écrivain). Écrire sur des personnages inventés par d’autres présente un problème de taille : il doit respecter la propriété intellectuelle. Il ne peut donc utiliser que les personnages issus d’œuvres libres de droit (ou obtenir l’autorisation expresse de l’écrivain, comme dans le cas de Temperance Brennan, dans First Among Sequels, où Kathy Reichs a bien voulu qu’il fasse apparaître le personnage dans son roman). Ses regrets sont ainsi de ne pas pouvoir utiliser des personnages beaucoup plus récents (il a cité le cas d’Harry Potter qui, devant apparaître dans une scène de First Among Sequels, annule sa venue pour des raisons de droits d’auteurs, à la vive déception des membres du Conseil des Genres).

Interrogé sur ses références à l’Antiquité dans ses romans, Fforde a reconnu que ses méchants (la famille Hadès) ou encore le Minotaure pour la série Thursday Next sont là plus pour le « fun » que par désir d’érudition.

En conclusion de son interview, Jasper a déclaré travailler à l’écriture de l’adaptation de Jennifer Strange qui aboutira, espère-t-il, à un film. En parallèle, il écrit la suite de toutes ses séries. Et c’est sous un tonnerre d’applaudissements que l’interview s’est terminée. Jasper Fforde a ensuite pris le temps de faire des dédicaces et de prendre des photos pour son album personnel. La rencontre a été exceptionnelle et les fans et les universitaires ont pu découvrir un homme gentil, intelligent, drôle et abordable. Bref, Jasper Fforde est une crème !

*

Nous avions déjà transmis l’information il y a quelques semaines… Le colloque a été l’occasion de la création d’une anthologie, dirigée par David K. Nouvel et composée de 8 nouvelles écrites par des invités du colloque : Romain Aspe, Fabien Clavel, Nathalie Dau, Lionel Davoust, Jeanne-A Debats, Nicolas Delong, Sylvie Miller & Philippe Ward et Rachel Tanner. Retrouvez son sommaire ici.

L’ouvrage est publié chez les Éditions Mnémos. Sa sortie officielle est prévue pour octobre 2012. Prochainement, Les Plumes Asthmatiques en proposeront une chronique !

Par ailleurs, les communications du colloque donneront lieu à une publication prévue pour 2014 : il s’agira d’un livre, en langue française, qui abordera de manière plus large et systématique les problématiques étudiées lors du colloque. L’ouvrage sera dirigé par Mélanie Bost-Fievet et Sandra Provini. Pour le moment, aucun nom d’éditeur n’a été communiqué.

Hécate, Nicopompus & SeriesEater

(Relecture et correction par Héloïse Douanier.)

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3 Responses to L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain : Fantasy, Fantastique et Science-Fiction

  1. […] eu l’occasion de parler de ces trois auteurs lors du colloque qui a été évoqué, entre autres, dans les pages de ce site : toute petite façon d’affirmer combien, à mes yeux, leur légitimité littéraire est tout […]

  2. […] Par ailleurs, Rachel Tanner, puisque c’est son nom, était l’invitée du colloque « L’Antiquité gréco-latine aux sources de l’imaginaire contemporain : Fantastique, Fantasy & Science-Fiction » (Rouen-Paris, du 7 au 9 juin 2012) et a participé à la table-ronde du vendredi après-midi dont vous pouvez, dès à présent, voir la première partie ici. Elle y parle brièvement du présent recueil. Pour un compte rendu général du colloque, cliquez ici. […]

  3. […] fantastique, vienne de paraître — on peut déjà lire sur Les Plumes Asthmatiques le compte-rendu du colloque dont il est tiré. Il y a deux ans, j’avais moi-même donné une contribution sur le […]

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